Pygmée Blues

Pygmée Blues, la condition actuelle d’un peuple méconnu – Documentaire

Alors que se tient à Saint-Malo, du 18 au 20 mai, le festival Etonnants Voyageurs, Renaud Barret et Florent de La Tullaye invitent à un émouvant périple à travers la République démocratique du Congo. Suivant Wengi et Soyi, un couple de Pygmées, leur film lève le voile sur la culture de leur peuple opprimé.

« L’armée m’a pris dans ma forêt en 1971, c’est comme ça que j’ai quitté mon village. […] Dans tous les pays, on faisait tout le temps la guerre, et puis on est arrivés à Kinshasa. Faire le soldat, c’est un boulot débile, alors j’ai déserté et je suis resté à Kinshasa. J’ai dû me débrouiller seul et j’ai voulu aider les autres Pygmées, tous ceux qui galéraient en ville. » Lorsque, en 2008, Renaud Barret et Florent de La Tullaye font la connaissance de Wengi Loponia Bilongi, le musicien milite depuis des années pour la reconnaissance des droits des Pygmées. Chassés de leurs villages par la déforestation ou par la misère, les hommes et les femmes du « peuple de la forêt » sont nombreux à échouer dans les bidonvilles de la capitale de la République démocratique du Congo (RDC). « Un Pygmée n’a absolument aucun droit par rapport à un Bantou (l’ethnie majoritaire en RDC, ndlr), se désole Soyi, la femme qui partage depuis dix ans la vie de Wengi. Entre eux et nous, poursuit-elle, il y a une inégalité ancestrale : les Pygmées sont toujours leurs esclaves, ceux qui font les basses besognes. » Après s’être battu, en vain, pour créer une coopérative gérée par les siens, Wengi, fatigué, est prêt à baisser les bras : « Il est temps pour nous de rentrer au village pour travailler notre terre, lâche-t-il, amer. Là-bas, il n’y a pas de matériel, pas d’outils ; quand on en aura réuni assez, on rentrera chez nous. » Son retour au village, Wengi est d’accord pour qu’il devienne un film. Quand il décide, en 2010, de quitter la ville, il rappelle les deux réalisateurs. Il est déjà trop tard. Son état de santé s’est brutalement dégradé et, sans argent pour se soigner, Wengi succombe à une tuberculose qui n’a jamais été traitée. Son dernier rêve, c’est sa compagne Soyi qui va le réaliser pour lui. C’est elle qui rapportera au fils que Wengi n’a pas connu la statuette confiée autrefois par son père.

Un voyage au bout de l’enfer…

Déroulant le fil de sa vie, Soyi confie, la gorge serrée : « Quand on m’a envoyée à Kinshasa, j’étais vraiment contente. Ce que je voulais, c’était quitter ma jungle et découvrir la ville, mais la vie a tout de suite été difficile ici. J’habitais chez un maître bantou, un oncle éloigné. Il voulait que je fasse le trottoir et tout cela m’était très pénible… Je suis restée longtemps à son service, j’étais sa bonne à tout faire. Sa femme et lui ne me payaient jamais, ils ne me donnaient rien à manger. J’ai supporté parce que je n’avais nulle part où aller. Quand j’ai rencontré Wengi, il avait déjà son orchestre et il m’a dit : « Rejoins notre groupe.” C’est comme ça que je suis venue vivre chez lui. » En mémoire de l’homme qu’elle a aimé, elle prend place à bord d’une improbable barge assurant le transport de marchandises pour un éprouvant périple de 800 kilomètres sur le fleuve Congo. Après vingt jours de navigation, le navire accoste à Mbandaka, la capitale de la province de l’Equateur. Reste encore 180 kilomètres de piste, à bord d’un taxi-brousse brinquebalant, puis une quarantaine d’autres à vélo sur de mauvais chemins en pleine forêt équatoriale. Approchant du terme de son équipée, la voilà qui décide de faire un détour par son propre village natal. Elle n’y est pas retournée depuis douze ans. Après des retrouvailles pleines d’émotions avec sa sœur et sa grand-mère vient le temps des larmes quand son frère lui fait le récit de l’assassinat de leur mère. « Elle est morte d’une façon vraiment atroce, s’insurge-t-elle. Les meurtres de Pygmées sont monnaie courante ici, c’est presque normal : ils n’ont aucune possibilité de se défendre… » Trente-cinq jours après avoir quitté Kinshasa, Soyi arrive enfin au village natal de Wengi. Elle va pouvoir remettre au fils les maigres effets de son père disparu : une photo, des radios de ses poumons, la petite statue aussi…

DOCUMENTAIRE
DURÉE 52’
AUTEURS RENAUD BARRET, FLORENT DE LA TULLAYE ET CUBAIN KABEYA
RÉALISATION RENAUD BARRET ET FLORENT DE LA TULLAYE
PRODUCTION JADE PRODUCTIONS / LA BELLE KINOISE / COMMUNE IMAGE MÉDIA, AVEC LA PARTICIPATION DE FRANCE TÉLÉVISIONS
ANNÉE 2012

(Visited 22 times, 1 visits today)

You might be interested in

LEAVE YOUR COMMENT

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *