La P’tite Bourgogne

Documentaire social relatant la lutte des résidents de la P’tite Bourgogne, à Montréal, évincés de leurs logements, en 1967, pour laisser le champ libre à la rénovation de ce quartier vétuste.

Historique
Les théories diffèrent quant à l’origine du nom Petite-Bourgogne. Une carte cadastrale de 1855 identifie un terrain connu sous le nom de Bourgogne, appartenant aux héritiers de l’hon. Louis Guy (frère d’Étienne Guy, pour qui fut nommée la rue Guy). Le terrain correspond au quadrilatère actuel des rues des Seigneurs, Notre-Dame, Saint-Martin et Saint-Antoine1.

À vocation essentiellement agricole jusqu’en 1810, le quartier connaissait les débuts de son urbanisation sous le nom de faubourg Saint-Joseph, une expansion de la ville de Montréal en dehors des murs de la cité. Le secteur de la place Richmond fut bâti en 18192.

Le développement connaît un élan au milieu du xixe siècle : la construction du canal de Lachine attire de nombreuses industries lourdes, notamment les ateliers du chemin de fer Canadien Pacifique et l’usine de la Steel Company of Canada (Stelco). Un quartier résidentiel s’érige au nord des usines entre 1857 et 1864; d’abord partie de la paroisse de Saint-Henri-des-Tanneries, il se constitue comme le village de Delisle en 18643. Le village prend le nom de Sainte-Cunégonde en 1876 et devient une ville en 18844. Le nom commémore sainte Cunégonde de Luxembourg, épouse de l’empereur romain germanique saint Henri II, en référence à la paroisse avoisinante de Saint-Henri5.

Le développement industriel du canal de Lachine attire de nombreux commerces de prestige au quartier de Saint-Joseph au long de la rue Notre-Dame. Plusieurs des somptueux édifices construits pour les accueillir subsistent aujourd’hui et logent le Quartier des antiquaires6.

Les limites de la ville de Sainte-Cunégonde sont définies par le canal de Lachine, l’avenue Atwater, le boulevard Dorchester (aujourd’hui René-Lévesque) et une ligne droite tracée entre l’angle de l’avenue Atwater et de la rue Tupper jusqu’au bassin du canal à l’ouest de l’écluse Saint-Gabriel, la limite de la ville de Montréal. Le quartier Saint-Joseph est défini par cette limite, la rue Saint-Antoine, le square Victoria, la rue McGill et la rue Notre-Dame. À cette époque, le chemin de fer Grand Trunk traverse le secteur et termine à la gare Saint-Bonaventure, à l’emplacement présent du Planétarium de Montréal7. L’ancien hôtel de ville de Sainte-Cunégonde subsiste toujours rue Vinet; il a été converti en bibliothèque et centre communautaire.

À partir de 1887, la Petite-Bourgogne acquiert son caractère unique de foyer de la communauté noire anglophone de classe ouvrière à Montréal. Sainte-Cunégonde, sise près des gares principales de Montréal et plaque tournante de l’industrie ferroviaire pan-canadienne, accueille de nombreux travailleurs ferroviaires afro-américains, afro-canadiens d’autres provinces et caribéens britanniques. Ces derniers constitueront finalement 40 % de la population noire de Montréal.

Pour combattre la pauvreté et l’exclusion sociale, la communauté noire naissante se dote de nombreux organismes sociaux : le Women’s Coloured Club of Montreal en 1902, la Union United Congregational Church (aujourd’hui l’Église unie Union) en 1907, et le Negro Community Centre (Centre communautaire des Noirs) en 19278.

Sainte-Cunégonde fusionne avec la ville de Montréal en 1906. Le quartier de la Petite-Bourgogne devient fameux comme origine de nombreux musiciens important du jazz. Durant la Prohibition aux États-Unis et la période de Montréal comme ville ouverte avant le règne du maire Jean Drapeau, la Petite-Bourgogne accueille de nombreuses boîtes de nuit très appréciées mettant en vedette des interprètes locaux et internationaux. On se rappelle particulièrement du Rockhead’s Paradise, dont le propriétaire Rufus Rockhead est commémoré par un nom de rue. Oscar Peterson et Oliver Jones sont les musiciens les plus connus issus de la Petite-Bourgogne de l’ère bebop et post-bop8.

Or, déjà déstabilisé par la Grande Dépression de l’entre-deux-guerres6, la Petite-Bourgogne est lourdement touchée, comme tout le secteur du canal de Lachine, par le parachèvement de la voie maritime du Saint-Laurent en 1956 et la fermeture du canal en 1970. De nombreuses industries abandonnent le quartier pour les banlieues, laissant le secteur à son sort. En 1966, la ville de Montréal cible la Petite-Bourgogne d’un programme de renouvellement urbain; elle démolit de nombreux logements délabrés et construit des logements sociaux 3 et revitalise d’autres secteurs4. Les secteurs au nord de la rue Saint-Antoine sont démolis en 1970 pour faire place à l’autoroute Ville-Marie2.

Le profil du quartier a subi des changements significatifs au cours des dernières années. Lors du recensement de 2006, les Canadiens noirs constituaient encore la minorité visible principale de la Petite-Bourgogne à l’ouest de la rue Guy; toutefois ils ne représentaient que 19 % de la population, alors que 49 % des résidents ne faisaient pas partie d’une minorité visible9.

Récemment, le secteur a connu plusieurs phases de gentrification, avec la construction de logements sur les anciennes cours de triage au cours des années 1980, et aux années 2000, la réouverture du canal de Lachine, la revitalisation du marché Atwater et l’expansion de l’École de technologie supérieure.

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